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FC Sankt Pauli, le club de foot antifasciste aux fans uniques en leur genre.

Malgré des résultats sportifs sans gloire et une absence de titre national, un club de 2e division allemande, le FC Sankt Pauli, passionne des milliers de supporters partout dans le monde. Le secret ? Un engagement militant unique qui dépasse de loin la question footballistique.

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Il y a deux types de supporters : ceux qui soutiennent leur équipe quand elle gagne et puis les autres. Les vrais, ceux qui ne se démontent jamais, quels que soient les succès et les échecs. Les “bruns blancs” du Fußball-Club Sankt Pauli comptent parmi ceux-là. Partout dans les rues de Hambourg, ils arborent fièrement leurs couleurs : un t-shirt noir frappé d’un crâne blanc surmontant deux fémurs croisés. Des bords du lac Alster au quartier rouge de Hambourg qui a donné son nom au club, impossible de les rater.

Le symbole mondialement connu de la piraterie est lourd de sens pour le club fondé en 1910. En effet, il est né là, sur le port de Hambourg. Entre les maisons closes et les bars où les marins revenant du bout du monde venaient s’acoquiner et se saouler du temps du règne du commerce maritime. Mais si les épices ont laissé la place aux conteneurs, il reste dans le quartier de St. Pauli l’écho d’anecdotes de comptoir épiques et le goût de la mixité.

Un club de valeurs

Car si le club compte au moins 280 associations de fans de par le monde et un forum de plus de 12.000 inscrits, ce n’est pas pour son classement. Mais pour ses valeurs. Antifasciste, antiraciste, anti-homophobie et luttant contre le sexisme, voilà comment se définit le club. Une revendication idéologique qui ne se limite pas aux mots puisque ces valeurs de tolérance ont été inscrites dans les statuts. En 2002, une campagne publicitaire du magazine Maxim a même été retirée du stade Millerntor car jugée dégradante envers les femmes. Le club revendique le premier public féminin d’Allemagne.

Plus que le palmarès, ce sont donc les idées qui séduisent. Des pirates “bruns blancs” sont ainsi apparus du Brésil à l’Australie en passant par les grands pays du foot européen avec, notamment, les Birmingham Brown Boys anglais et les Brown White Tulips néerlandais. “Le suivi du club s’autonomise des résultats sportifs. C’est une expérience collective de masse que les gens viennent chercher. Expérience qui dans le cas du FC St. Pauli se raccroche à des motifs militants renforçant encore le phénomène”, explique Ludovic Lestrelin, maître de conférence à l’université de Caen et auteur de L’Autre public des matchs de foot (éd. EHESS, 2010), sur le supportérisme à distance.

Pour le sociologue, le sentiment d’appartenance transcende les individualités et la vie de la communauté rythme le quotidien. Bien que le foot reste le topic le plus discuté du forum de St-Pauli, l’équipe bénévole qui l’anime – contactée par mail – constate de nombreuses conversations à propos de la politique ou de la vie quotidienne.

Contre mauvaise fortune, bon esprit

En bons supporters, les “bruns blancs” rêvent de gloire mais en attendant, ils font contre mauvaise fortune, bon esprit. Leur équipe n’ayant enregistré aucun titre national, ils s’en sont attribué un : Weltpokalsiegerbesieger. Comprendre le “Vainqueur du vainqueur de la Coupe intercontinentale”.
L’anecdote date de la saison 2001-2002 durant laquelle FC St. Pauli s’imposa 2-1 contre le Bayern Munich qui venait de remporter ladite coupe, devenue depuis Coupe du monde des clubs. Une farce un peu potache qui témoigne d’un optimisme à toute épreuve.
En affichant ainsi ses opinions, le FC St. Pauli fait figure d’exception parmi les clubs. En effet, malgré une histoire très politique, le foot s’est détaché depuis les années 1970 de toute partisannerie, raconte William Gasparini, sociologue à l’université de Strasbourg spécialiste des discriminations dans le sport. Une analyse partagée par Ludovic Lestrelin : “Le sport est ainsi devenu sa propre et son unique finalité.” Le sport pour le sport.

Si la politisation globale du sport n’est pas souhaitable, elle a parfois permis d’ouvrir la société à certaines questions. Notamment outre-Rhin, rappelle William Gasparini, où la mixité en championnat a participé à l’acceptation du multiculturalisme allemand. Cependant, les combats de St. Pauli sont loin d’être terminés. En témoignent les récentes manifestations du mouvement Pegida – pour “Patriotes Européens contre l’Islamisation de l’Occident”, en allemand.

lES INROCKS.

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