BERRIAK

Lucie : Du spray au poivre et des coups de couteau.

Nous relayons le dernier texte de Lucie, militante antifa, violée par un fasciste.

Plus d’info ici : https://antifafemrev.wordpress.com/

Le calvaire d’une meuf violée, c’est pas juste au moment où ça se passe, c’est pas juste dans les semaines qui suivent, c’est pas juste le trauma. C’est que le violeur, il existe toujours, il est toujours là. Il se balade toujours dans ma ville, c’est une pression permanente, une menace perpétuelle. Mon agresseur a fait le choix de garder cette menace comme arme de dissuasion, comme suite logique du viol. Si je n’ai pas arrêté de militer, avec un viol,peut-être qu’avec un autre j’arrêterai. La peur des représailles est toujours présente, les traumas toujours vivaces, et de l’autre côté, évidemment, il y a la fierté qui fait que je refuse de me cloîtrer chez moi.

C’est concret, ça s’est passé, je ne peux pas faire l’impasse sur ça. Parce qu’au supermarché je le croise, au bar, dans la rue. Parce qu’un peu avant les fêtes de fin d’années, au lieu des regards dégueulasses et des gestes de la main de d’habitude, cette fois-ci il y a eu les insultes, les bousculades, on se bat, un nuage de spray au poivre et du sang sur le goudron. Et aujourd’hui j’ai sept points sur la cuisse. Parce qu’il a fait le choix de sortir son cran d’arrêt quand moi je n’avais que mes poings.

Et même si je fais en sorte d’être toujours accompagnée par mes camarades antifa, féministes ou de Solidaires Etudiant-e-s, ce n’est pas une situation durable, car je souhaite garder mon anonymat notamment pour mon syndicat étudiant. Et que si un jour, comme ce fut déjà le cas, il débarque sur le campus, je ne pourrais pas ignorer sa présence bien longtemps.

Ce que je souhaite, ce n’est pas de lever mon anonymat pour une pseudo sécurité. Encore une fois, porter plainte ou pas, cela ne change en rien ma situation. Le faf aurait été toujours en liberté pendant la procédure, donc inutile de continuer de m’attaquer sur cela pour éviter de parler du sujet du viol, pour éviter de parler de ce crime fasciste. Je n’ai pas envie non plus de me faire escorter H24. Je n’ai pas envie non plus que des camarades se mangent 20 ans de prison ferme.

Ce dont j’ai besoin, c’est que le milieu antifa, féministe et celles/ceux qui se disent progressistes prennent des positions officielles pour faire front. Les solidarités officieuses, lui ne les connaît pas, et même si cela me fait du bien, elles ne me protègent pas.

Lucie.

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