BERRIAK

Naître au soleil pour crever aux portes de l’Europe.

Les télévisions et autres médias européens nous gratifient régulièrement de reportages sur la frontière entre les États-Unis et le Mexique où des migrants venus de toute l’Amérique latine tentent leur chance vers un « rêve américain » qui a en réalité tout du cauchemar. Ceux que les mêmes ignorent volontiers, c’est cette immense frontière, bien plus longue que les 3 200kilomètres affichés entre le Pacifique et le golfe du Mexique. Mais surtout une frontière beaucoup plus mortelle qui s’étend du Portugal à la Turquie et qui attire la misère, miroir aux alouettes de millions de laissés pour compte.

La tragédie qui s’est déroulée en Méditerranée la semaine précédente invite à la réflexion. Une réflexion tournée avant tout vers nous mêmes, Européens, ardents à pourfendre les violations des droits humains et les totalitarismes, même quand il n’y en a pas. Et pourtant, cette Europe se révèle être un objectif mortel pour nombre de migrants rêvant à des jours meilleurs ou plus simplement fuyant la mort anticipée qui leur est promise.

IMMIGRANTS

Une hécatombe
Depuis 2000, le nombre d’Africains qui nt trouvé la mort en tentant de rejoindre l’Europe est évalué à 20 000, un chiffre qui peut être considéré comme un ordre de grandeur. Mais en y regardant de plus près, on constate que ce nombre est, au fil des années, en constante augmentation. Pour l’année 2014, ce sont officiellement 3 419 migrants qui ont trouvé la mort, selon l’agence des réfugiés de l’ONU. Le même organisme évalue à 4 272 le nombre total de migrants qui ont trouvé la mort en allant chercher le mieux vivre. C’est dire si la frontière méditerranéenne est la plus meurtrière de toutes.
Ce qui est inquiétant c’est que la démographie des territoires concernés laisse entrevoir que ces chiffres seront pulvérisés au fil des années. La croissance quasi exponentielle des populations de l’Afrique de l’Ouest ne lui permettra pas, au vu de son évolution économique, de donner à sa population les moyens de vivre. D’ici 2050, cette population aura doublé et sera de l’ordre de 800 millions d’habitants. Pour avoir une idée plus précise, il faut savoir que l’Europe, à ce moment-là, ne comptera que 520 millions d’habitants.

L’exploitation par le néocolonialisme
Le premier argument de ces migrations massives est bien évidemment économique. La décolonisation de l’Afrique n’a pas vraiment eu lieu et les leaders révolutionnaires qui ont voulu émanciper leur pays des puissances coloniales, Lumumba, Cabral et autres Sankara, ont disparu rapidement, victimes d’assassinats et d’éliminations directement décidées par les gouvernements européens, français en particulier. L’État français est un spécialiste de ces éliminations. Mais tout cela ne suffit pas, il s’agit de maintenir cet homme africain qui « n’est pas entré dans l’histoire » comme le considérait plus qu’à tort un ex-président français aux talonnettes, dans un état de dépendance. Et ce avec l’appui de ces transnationales qui sont le fer de lance de la domination occidentale. Le Commonwealth ou la Françafrique sont des termes qui cachent bien autre chose qu’une union au titre de la coopération. Ce sont les outils d’un pillage organisé qui a débuté il y a bien longtemps avec l’esclavage et qui produit aujourd’hui de nouvelles formes d’exploitation.

Des accords assassins
On ne compte plus les dictatures et autres républiques bananières sur le territoire africain. Les derniers États stables sont une denrée rare tant l’Europe et les États-Unis s’emploient à déboulonner ce qui aurait quelque velléité de leur résister. Le Soudan ou la Libye en ont fait récemment les frais et les situations instables sont entretenues dans la plupart des pays. Le découpage géographique de l’Afrique a été fait de telle manière qu’il ne pouvait qu’y avoir conflit en utilisant la vénalité de dirigeants formés à l’école occidentale et qui sont devenus les complices enrichis de l’organisation de la misère humaine.
L’Europe en particulier a conclu de nombreux contrats avec l’Afrique, des contrats économiques néroniens pour continuer à piller sans scrupule le sous-sol souvent riche de ces États. Mais aussi pour y exploiter une main d’œuvre proche de l’esclavage qui n’a d’autre ressource pour nourrir ses enfants. Ajoutons à cela les épidémies dont on peut penser qu’elles été en bonne partie introduites artificiellement. Le dernier accord économique global en date, appelé Accord de partenariat économique (APE) est tout a fait explicite en ce sens. Il a interdit aux 15 pays africains signataires la taxation de près de 12 milliards sur les produits importés de l’Union européenne en 2013. Ce qui a eu pour conséquence de mettre en danger l’agriculture locale face à l’agriculture industrielle européenne. La Confédération européenne des ONG d’urgence et de développement (Concord) s’étonne d’ailleurs que l’Union européenne « cherche à obtenir des concessions commerciales démesurées de la part d’une des régions les plus pauvres du monde ».

Une suite logique
Mais il n’y a rien de nouveau dans cet accord qui ne fait que confirmer des pratiques commerciales bien rodées. L’Afrique de l’ouest est victime de bien d’autres traitrises de la part de l’Europe. Entre autre le recours obligatoires aux entreprises françaises pour les financements d’aménagement ou de projets d’aménagements. Des réformes économiques sont imposées aux États pour « mériter » l’aide européenne. Et il y a bien sûr le franc CFA, cet outil monétaire au service des européens qui le font fluctuer en fonction de leurs besoins. Mais aujourd’hui, on parle plus d’Eurafrique que de Françafrique, la France jouant avant tout le rôle d’une tête de pont à la fois économique et militaire. Le caporal Sarkozy a eu sa Lybie et le première classe Hollande son Mali. A vaincre sans péril on triomphe sans gloire, mais qui s’en soucie dans la mesure ou Total, par exemple, récupère des puits fiscalement très rentables puisque situés en dehors du territoire français. Et quand l’entreprise est contente, les dirigeants français sont contents : « J’aime l’entreprise. »

Le conflit permanent
La deuxième cause qui propulse les migrants vers l’Europ, ce sont les conflits armés. Ils ne concernent que rarement un État contre un autre mais sont le plus souvent des conflits internes dus en grande partie aux découpages territoriaux imposés par la décolonisation. Ces conflits sont nombreux et particulièrement meurtriers parce qu’ils touchent avant tout des populations civiles. Ce fut le cas en Lybie, mais on se souvient plus particulièrement du Rwanda du Burundi ou du Congo, des États plongés dans l’horreur pendant des années.

Une réaction militaire
L’Europe forteresse n’est pas une invention. Elle s’est renforcée à tous les niveaux pour repousser une immigration qu’elle a elle même provoquée par son avidité. En 2005 commence en effet le travail de FRONTEX, l’Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures. Cette agence a vu son statut se renforcer en même temps que son budget, 19 millions d’euros en 2006 et 88 millions d’euros en 2001. Cette agence possède son propre matériel militaire et est équipée de sondes, radars et autres caméras destinés à la surveillance des populations en migration. Mais elle n’a pas d’équipement spécifique pour le sauvetage. Cette armée moderne est avant tout destinée à empêcher les migrations ce qui conduit les populations migrantes à utiliser des itinéraires de moins en moins évidents et de plus en plus dangereux ce qui a accru sensiblement la mortalité autour de la Méditerranée. Mais FRONTEX va plus loin en signant des accords avec des pays africains voisins de la Méditerranée. L’agence peut ainsi agir directement sur le territoire de ces pays qui « bénéficient » de certaines largesses en matière de respect des droits de l’homme et qui ne contrôlent que de très loin, voire pas du tout, l’action de l’agence.

Renforcement aux frontières
FRONTEX n’est pas le seul outil de lutte contre l’immigration. Chaque pays possède sa propre police et ses propres méthodes de reconduction aux frontières. Des opérations comme « Mos Maiorum » ont été montées justement pour identifier et bloquer le maximum de migrants sur les points principaux de franchissement de frontière. Et ce suivant une théorie qui dirait qu’il faut identifier les passages et surtout les passeurs : plus de passeurs, plus de passage. Une affirmation totalement fausse tant que les raisons de passer existeront, les passages existeront. D’autant que le chaos régnant aujourd’hui en Libye ou le conflit syrien qui s’éternise avec l’appui de l’occident sont des sources supplémentaires de migrations. Pourtant, en ce qui concerne le conflit syrien, 97 % des réfugiés s’installent dans les pays voisins et n’atteignent pas l’Europe.
Une autre décision européenne pour contrer le flux migratoire consistait à tripler le budget de l’opération Triton, opération de surveillance et de sauvetage réalisée sous la responsabilité de FRONTEX qui, rappelons-le, n’est pas particulièrement équipée pour le sauvetage. Le budget a été triplé, à la demande insistante d’Angela Merkel lors du sommet européen convoqué en urgence après la mort de 800 migrants due au naufrage d’un chalutier. Mais si l’on tient compte de l’évolution du flux migratoire méditerranéen, on constate que ce triplement de budget correspond en gros à l’augmentation du flux et ne change en rien la donne. Quant à l’accueil de migrants proposé par certains, il a eu un certain écho. Et quelques pays se sont portés volontaires pour accueillir… des Syriens. Encore n’est-il pas précisé de quel camp, mais on peut aisément s’en douter quand on sait à qui vont les armes européennes livrées en territoire syrien. La France se dit prête à en accueillir entre 500 et 700. Mais en même temps, François Hollande appelle à une résolution de l’ONU pour faire respecter la décision prise par l’Union européenne qui indique que les navires de migrants devront être « appréhendés et annihilés. »

Un effort financier
Le plus important pour l’Europe est que ces migrants non choisis ne réussissent pas à prendre pied sur le vieux continent et ne puissent y demander asile. Les mesures directement liées au sauvetage des personnes en difficulté restent donc d’ordre secondaire. L’Italie avait lancé l’opération « Mare Nostrum » après la mort à Lampedusa de 366 migrants en octobre 2013. La proposition de l’Italie dépassait le cadre des eaux territoriales et le coût s’élevait à environ 9 millions par mois. Mais l’Europe a fait mine de dire que ce problème n’était qu’italien et n’a pas suivi Rome dans cette démarche qui aurait pu sauver peut-être des milliers de vies humaines. Elle vient cependant de décide d’allouer une somme de 3 millions d’euros par mois pour améliorer l’existant. 3 millions d’euros à 27 pays, on ne peut pas dire qu’en matière de sauver des vies humaines, la générosité soir européenne. Les aides militaires fournies par le vieux continent sont autrement plus importantes. D’autant que cette aide ne concernera que les interventions dans les eaux territoriales et que le rôle de Triton sera avant tout d’empêcher les bateaux d’atteindre les côtes européennes.

Banalisation
Le traitement de l’information portant sur les naufrages conduit inévitablement à une banalisation. Inévitablement justement parce qu’on nous fais croire que ce qui s’est produit est inévitable, que l’on ne peut rien y faire avec la meilleure volonté du monde. On les croirait presque ces dirigeants européens, avec leurs mines de chiens battus lorsqu’une caméra passe à proximité. Pourtant, ce sont eux qui sont les principaux responsables des cadavres qui jonchaient les plages de la Méditerranée la semaine dernière. Eux et les transnationales qui finalisent le travail d’esclavage commencé il y a plusieurs siècles, avec les négriers et installant un nouvel esclavage que veulent absolument fuir les populations. Comme elles fuient aussi ces monstres tels que Boko Haram ou Daesh, créés de toute pièce par les occidentaux pour installer le chaos et en tirer les bénéfices. L’instabilité n’est pas une fatalité sur le territoire africain. Pas plus que ne le sont les gouvernements totalitaires, eux aussi mis en place et soutenus par l’occident, jusqu’à ce que ce présente un politicien encore plus véreux que l’Europe se chargera de mettre en lieu et place de celui qui l’avait servie jusques là. Mais que faudra-t-il faire pour que l’occident reconnaisse ses responsabilité sen la matière. Combien de morts les Merkel, Hollande, Cameron et autres Rajoy vont-ils encore provoquer ? Inverser la tendance ne peut venir que d’un changement de système. L’Europe et l’Afrique se sont installées dan une routine devenue une spirale mortelle pour beaucoup d’Africains. Quant ceux qui réussissent le passage, que devient leur rêve ? Condamnés à la clandestinité et à l’exploitation, éloignés des leurs, survivant misérablement dans des conditions de précarité extrême, c’est ce que l’on appelait dans l’antiquité tomber de Charybde en Scylla. Ulysse s’en était sorti, lui, d’autres n’ont pas eu cette chance.

Au delà de la responsabilité des chefs d’État européens et des transnationales, il y a aussi la nôtre. Parce nous fermons trop souvent les yeux sur ce qui se passe disant que cela ne nous concerne pas. Mais souvenez-vous, chaque fois que vous appuyez sur un interrupteur et que la lumière jaillit provenant d’une quelconque exploitation de l’uranium, n’oubliez pas que si nous avons l’électricité le moins cher d’Europe, c’est parce qu’Areva exploite des gisements d’uranium au Niger et que les mines du Niger ont connu aussi leur lot d’exploitation humaine pour que soit assuré notre confort.

Nat Cazarré

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