BERRIAK

C’est celui qui dit qui l’est

Source : CQFD

Le 25 mai, la députée LR Annie Génevard interpelle la ministre Najat Vallaud-Belkacem sur la réforme de l’enseignement des langues vivantes, qu’elle voit comme « un cheval de Troie pour développer l’apprentissage de la langue arabe » et le «  catéchisme islamique ». Au-delà de cette crasse islamophobie meublant à peu de frais la vacuité du discours politique, l’arabe est un cas d’école dans le traitement des parlers mal-aimés : le pays compte trois à quatre millions d’arabophones, qu’on reluque comme une secte articulant un dialecte hostile au lieu d’en profiter pour ouvrir les oreilles et les fenêtres. Imprégnée par la mentalité jacobine et coloniale, la France a un problème avec la diversité et les langues. En 2001, Claude Allègre, alors ministre de l’Éducation, déplorait, avec la finesse qu’on lui connait, qu’on veuille intégrer les écoles bretonnes Diwan au sein du système public  : «  La France a besoin de fabriquer des informaticiens parlant anglais et on va fabriquer des bergers parlant breton ou occitan.  » Résultat d’une telle absurdité : on perd les parlers vernaculaires et on enseigne mal les langues étrangères.

Rares sont les idiomes – à part le Turc – qui ont été imposés avec autant de morgue et de violence que le français. Demandez aux Gallois, aux Bavarois, aux Sardes, aux Basques ou aux Flamands de quel œil verraient-ils le rabaissement de leur langue au rang de patois. L’assimilation des populations dans le creuset de l’État-nation est passée par l’usinage d’une culture unique. Et pour imposer un monde, pour l’immobiliser, rien de tel qu’un hold-up langagier.

Une langue véhicule une culture, une cosmovision, une façon d’être au monde. En parler, dans ce pays encore plus qu’ailleurs, c’est porter le fer au cœur d’une bastille encore bien en place. « Une langue est un dialecte qui a réussi politiquement », selon le linguiste Louis-Jean Calvet. Cela ne veut pas dire qu’une langue, une fois partagée, est « fixée » une bonne fois pour toutes. Elle évolue à mesure que les êtres et les mondes dans lesquels elle s’enracine la transforment – et réciproquement. « À nous, qui ne sommes ni des chevaliers de la foi ni des surhommes, il ne reste, si je puis dire, qu’à tricher avec la langue, qu’à tricher la langue. Cette tricherie salutaire, cette esquive, ce leurre magnifique, qui permet d’entendre la langue hors-pouvoir, dans la splendeur d’une révolution permanente du langage, je l’appelle pour ma part  : littérature. [1] » Bien d’accord, professeur, mais ici, au-delà des belles lettres et par-dessus la grammaire, nous causerons surtout oralité, gestualité, jargons libres et créoles de la rue.

Un dossier coordonné aux petits oignons par Mathilde Blézat et Julia Zortea.

Tout le dossier est à retrouver sur le site de CQFD  :

http://cqfd-journal.org/Au-sommaire-du-no145-special

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